Liza Perry-4 Comments

Devenir parents de jumeaux, ça change quoi?

Liza Perry-4 Comments
Devenir parents de jumeaux, ça change quoi?

Il y a quelques jours, Jumeaux&Co, du site éponyme, publiait sur sa page Facebook et son compte Instagram un article d’une maman de jumeaux, autour du thème en titre.

Interpellée et interrogée sur le même thème, je répondis qu’il me faudrait tout un article pour raconter ce que devenir maman de jumeaux a changé pour moi.

Dont acte !

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je dois dire que j’ai parcouru les (nombreux) commentaires faits sur la page de Jumeaux&Co sur le post du thème, et j’avoue avoir été un peu étonnée car, au final, ce qui semble être un dénominateur commun, ceux sont les notions d’organisation, de coût et de conséquences sur le couple.

Je comprends alors (plus ou moins) la sortie d’une personne qui a, sur un ton je vous l’accorde assez limite, indiqué que le thème et son contenu incident ne lui convenait pas et qu’au final elle n’apprenait rien, les enfants ça coûte cher, qu’ils soient un, deux ou plus.

Bien. Ce n'est qu'un avis après tout.

Me concernant, même si ces notions me font écho, je dirai que le prisme de conséquence est beaucoup plus important.

Je suis devenue parent pendant et après ma grossesse, les contours de ma dimension ont pris un virage détonnant, comme dans Stargate, sauf que je n’ai plus jamais refranchie la porte des étoiles, et volontairement bien entendu !

Pour vous resituer la situation, je suis sur la fin de ma 28ième année, et je suis auditionnée un jour de fin janvier par un des membres du conseil de l’ordre du Barreau de Paris (je suis avocate de formation).

La conversation s’installe doucement dans ce bureau design sur fond de parquet de chevron haussmannien, nous sommes en hiver mais en regardant par la fenêtre les flocons de neige grossir, j’ai le sentiment qu’il fait plus froid à l’intérieur.

Puis le silence se fait. L’avocat parcoure les feuilles de mon dossier, claque deux fois ses doigts, regarde trois fois son BlackBerry (on est plus BlackBerry dans ce monde ;)), puis il pousse un grand soupir avant de passer ses mains dans sa chevelure dégarnie qu’il tente vainement de laisser pousser (pourquoi les hommes atteint de calvitie laisse-t-il toujours leurs cheveux pousser, voilà un mystère non résolu s’il en est), et, en ramenant en prière ses mains devant sa bouche, me regarde fixement.

« Quel âge avez-vous ? »

« 28 ans »

« Vous avez des enfants ? »

« Non »

« Alors allez en faire et revenez après ».

Devant mes yeux ébahis d’étonnement (j’avais déjà en tête l’artillerie lourde « sale macho sexiste tu crois que ta mère elle n’a pas été enceinte elle ? Tu m’étonnes avec la grosse tête que t’as ce n’est pas un mais deux utérus qu’il lui aurait fallu » gniiiiiiiiiiiiiiii), il surenchérit :

« Si je compte le temps d’une grossesse puis d’une seconde, (je mets trois mois intercalés au cas où vous avez la bonne idée de faire un retour de couche), le mode de garde que vous n’aurez pas, -faites-les à la suite hein-, vous revenez me voir en 2017 ».

Stupeur et tremblements.

« Non parce que faut pas se leurrer vous n’aurez plus de vie si vous commencez chez nous et si vous voulez quand même avoir un minimum de semblant de vie de femme, il faut au moins çà. »

« Mais … »

« Réfléchissez, rappelez moi, c’est violent, mais ce monde est violent ».

Une poignée de main ferme, trois pas en talons, des portes qui claquent, clic clac je descends les huit étages à pied, mutique.

En rentrant chez moi l’idée ne fait même pas son chemin, je suis prise dans la folie parisienne, mon mari qui m’attendait en bas m’emmène dîner et puis plus rien.

Nous sommes en janvier 2013, je suis mariée depuis juin 2012, nous avons prévu de partir trois semaines au Japon en septembre.

Les semaines passent, nous sommes en février et je découvre sans stress que j’ai du retard. J’achète un test anodin dans une pharmacie de quartier. Le verdict n’attendra pas les deux minutes réglementaires, les hormones m’ont déjà envahie.

Mariée, en poste en administration, mon mari et moi prenons la décision de poursuivre sur cette bonne nouvelle.

Médicalement confirmée je poursuis le rythme classique du 1er trimestre, mais un peu avant le début du cinquième mois, je prends la décision de changer de gynéco, le type est rustre et se permet des écarts de langage qui me donne des envies de violence :) (hormones vous avez dit ?).

Je change de médecin et de quartier, prends rendez-vous et me retrouve face à UNE gynéco, pour changer.

Le gel est froid (quelqu’un aurait-il un jour la bonne idée d’inventer un gel à température ambiante ?J), le geste assuré.

Je sens qu’elle répète plusieurs fois ce même geste ; je commence à inspecter son visage, guettant la moindre trahison de stress, et, là, elle s’arrête :

« Ha ! »

« Ha ? »

« Heureusement que l’on fait des échographies ».

JE PANIQUE JUSTE UN PEU.

« Pourquoiiiiiiiiiiiiiiiii vous dites çàààààààààààààààààààààà »

« Ben, vous voyez pas ? »

« Je suis censée voir quoi sur cet écran noir où on a l’impression de voir les petits bonhommes de la pub des produits laitiers (c’est vrai hein ;)) »

Elle persiste à faire durer son suspens POURRI.

« Ben regardez(elle prend la sonde et la bouge du haut vers le bas) hop et HOP ».

Ma mère, présente, nous regarde perplexe pour peu qu’elle ait à redonner des cours de médecine au médecin (çà vous donne une idée du regard :D).

« Ben oui ! (elle recommence le même geste) UN EN HAUT UN EN BAS ».

Là, la seule chose dont je me souvienne : le bruit du smartphone de ma mère qui tombe au sol. Je lui ai redemandé de faire le geste, elle refait, toute contente d’elle. Elle me demande si j’étais au courant, je lui réponds que non et du coup je me dis que j’ai bien fait de changer de « médecin ».

Ma mère elle, est ravie, elle fait rouler son doigt manucuré rose poudrée sur son écran et commence à appeler tout le monde, et ce qui est sympa c’est que lorsque la personne répond elle me tend le téléphone et me dit avec son sourire étincelant « Vas y dis-lui » !

Je précise qu’avec ma mère, nous sommes en pleine application de la thèse du «Quand yen a pour un, yen a pour deux », directement issu du livre « Tu as 16 ans, ne ronge pas tes ongles, ne prends pas un gramme et brosse tes cheveux la tête en avant tous les soirs », de la même collection du très connu « Tu peux devenir actrice après avoir fait médecine ou droit » ou encore du même auteur « A 25 ans tout descend il te faut un mari, une maison et un enfant », remplacé par le 2.0« OMG TU AS BIENTOT 30 ANS GO FAST ».

NANNNNNNNNNNNNNNN MAMANNNNNNNNNNNNNNNNN et ma CARRIERE ?

Parlons-en de ma carrière ^^ (je vous épargne le moment ou l’homme est tombé de sa chaise ou celui où sa sœur a cru à un poisson d’avril – bon j’avoue je crois qu’on a appelé un 1er avril :D).

A l’époque j’étais chef de service juridique au sein d’un établissement public administratif important. Ouais bon désacralisons hein, rien de si méchant.

Mais tout de même, entourée d’hommes quelques peu machos (sisi, du style à vous offrir les versets de la bible imprimés et encadrés pour votre mariage, VERIDIQUE), tous mariés et père de huit enfants, avec une femme à la carrière maternelle et maternante consentie, je tentai une approche douce et bienveillante pour annoncer la bonne nouvelle.

Je clôturai alors un plan social, ambiance.

Justement, -et ça arrive tous les jours-, sur fond de réunions de gros cerveaux au sein du bureau du Directeur DIEU Général d’alors, je vois ces mâles vieillissants se gausser du « cas » du moment : une femme « ENCEINTE », j’entends alors pèle mêle « Elle fait chier celle-là » « elle a fait exprès de tomber enceinte avant son licenciement » « Liza, vous croyez qu’on peut lui demander des examens pour voir si y a pas une histoire de date la dessous ? ».

J’imagine que lorsque vous lisez ces lignes, vous êtes effarées, mais je précise que mon poste était un poste de chef de service juridique RH, donc je gérai l’aspect juridique de ce type de situation à caractère de ressources HUMAINE.

A ce moment, tous ces crânes dégarnis se tournant vers moi, en bout de table, je roulais mes yeux au ciel, expliquant qu’il était inenvisageable de tronquer les droits de cette personne d’une part, et d’avoir ce type de débat par ailleurs.

Signe du destin ou véritable cri utérin, le DRH me dit :

« Vous dites cela parce que vous êtes une femme ou parce que vous êtes enceinte ?" Haha …HA.

Non nous ne sommes pas dans un film et je n’ai pas annoncé ma grossesse ce jour-là, je l’ai annoncé bien plus tard au DRH d’abord puis au Directeur Général, et lorsqu’ils ont su que j’attendais des jumeaux, ce ne sont pas des félicitations que j’ai eu mais des râles…

Pourquoi je vousraconte tout cela ? Un peu comme un exorcisme peut être, parce ma vie a littéralement changé avec certitude, et pour dire également à toutes ces mamans carriéristes et aux autres que combiner vie professionnelle et vie personnelle n’est pas chose simple quel que soit le nombre d’enfants, mais, -et je m’excuse par avance à celles qui liront cela et qui ont vivement réagit sur la page de Jumeaux & Co à l’encontre des mamans qui indiquaient qu’avec des jumeaux c’était plus complexe qu’avec un enfant à chaque fois-, mais mes patrons comme on dit trivialement ont de suite fait le calcul dans leurs têtes et se sont dit « Elle va s’en aller le double du temps ».

Ce qu’ils ne savaient pas encore, c’est que j’allais partir encore plus tôt. Je ne vais pas vous mentir, j’ai très bien vécu mon état de grossesse, bien entendu j’ai vomi J mais je n’ai pas ressenti de fatigue extrême avant le sixième mois et … le largage de ma gynéco qui, ne se sentant plus de « m’accompagner » dans cette « grossesse complexe », m’a demandé lors d’une visite anodine de me rendre en urgence à l’hôpital de Port Royal, car elle ne se « sentait plus » de traiter mon cas qui pouvait donner lieu à un STT.

Le mieux c’est lorsque je lui ai NAIVEMENT demandé ce que c’était (car jusque-là je suivais l’ensemble avec mes yeux de future maman, sans stress outrancier, d’autant que je n’étais pas en état de fatigue chronique) et qu’elle a cru bon de m’indiquer « ben c’est pas compliqué ils pompent tous les deux au même endroit et parfois en fonction de leurs placement dans votre ventre y en a un qui pompe plus que l’autre et du coup l’autre a plus beaucoup à manger et commence à nourrir plus qu’en priorité le cerveau et les organes vitaux puis il meurt et comme ils sont dans la même poche ben les deux meurent ».

OUI.

Comme çà, comme un hupercute sous le menton, des ongles pointus sur un tableau noir, du sable dans la bouche, de l’eau de mer dans Koh Lanta quand tas soif mais que tu ne trouves pas le puit d’eau douce même si Moundir crie qu’il va le trouver.

Le pire dans tout cela c’est son sourire, intact. Elle me parla alors de son voyage en Russie à venir et je compris que je ne l’intéressais plus. Elle venait de se faire 2000€ de consultation c’était bien suffisant.

C’est à ce moment que la gémellité a changé mon regard sur la médecine.

Ou plus précisément le moment où assise en larmes sur un banc face au lion de Denfert Rochereau je pleurais à chaudes larmes et qu’elle passa, me regarda et, tout en posant une main non réconfortante sur mon épaule me lâcha « ça va aller vous verrez, c’est cela la maternité, il faut assumer en toutes circonstances, et puis vous en aurez au moins un sur deux ».

Je vous entends hurler derrière votre écran en lisant ces lignes :) Merci.

Entre deux larmes et au travers de mes yeux de panda (merci le mascara waterproof qui ne marche jamais), je lui ai dit qu’il était bien dommage qu’elle ne fût pas victime de ce qui pour elle était le STT car cela aurait peut-être évité qu’elle ne puisse exercer la médecine, ce pourquoi elle n’était et n’est toujours pas faite quoiqu’il advienne.

Je me suis rendue à l’hôpital de Port Royal, que j’avais choisi par ailleurs car il possède un service de néonatologie réputé et de stade trois (pour les très grands prématurés), et j’en suis ressortie le jour même avec une prescription de trois mois : arrêt du travail et échographie tous les dix jours. Je n’étais pas alitée car en fait j’allais très bien, pas de STT en vue, et par ailleurs je tiens à préciser aux mamans enceintes qui liraient ces lignes que NON le STT ce n'est pas cela et que OUI même si cela arrive cela peut se soigner, donc consultez comme je l'ai fait et soyez courageuse, vous avez tout mon soutien!

Mais c’est là que tout a changé pour moi. L’idée même de ce que je me faisais de la maternité.

Bien entendu je suis allée sur internet, et c’est bien vrai, n’y allez pas. Je suis tombée sur un forum parlant du STT qui a achevé de me mettre en stress et pourtant, ma résistance au stress est assez importante en général.

Je n'ai pas vécu ma grossesse comme un moment magique et serein et blablablou et blablabli, mais dans un ensemble de sentiments mélangés entre bonheur et stress et je pense que cela est valable pour toutes les grossesses mais spécialement celles des multiples.

Au cours des semaines qui ont suivi, j’ai rencontré de bons praticiens, comme de gros nazes.

J’ai été baladée de service en service avec des aberrations de discussion à la troisième personne alors que je, nous, étions dans la pièce.

J’ai également été piquée par erreur dans la cuisse pour le déploiement des poumons par une interne peu sympathique, sans compter celle qui entra dans le service des urgences en m’indiquant que mon bébé allait très mal puis qui, alors que je lui indiquais qu’elle devait faire erreur me dit « Vous n’êtes pas Mme X ? » NONNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNN.

Au milieu du mois d’août, j’ai été incarcérée (j’aime bien dire ce mot il correspond bien à mon état d'esprit d'alors), au sein de ce même hôpital, pour surveillance au sein du service de grossesse pathologique. Le séjour fût confortable, mais les examens continus et le stress diffus.

Sans compter les contradictions de l’équipe médicale et les trois monitos par jour, parfois pendant une heure entière.

J’ai même été la cible d’un examen de sage-femme, la pauvre, elle a identifié ma grossesse comme celle d’un singleton, soit un seul bébé.

J’ai également pu constater les aberrations des courbes de croissance de singletons appliquées à nos jumeaux, les jugements à l’emporte-pièce à la faveur de l’internat, les prises de sangà rendre la peau noire, le test du glucose DEGUEULASSE ainsi que la question à un million : « Pas de pertes de liquide pas de pertes de sang ? ».

Malgré toutes ces avaries, toutes ces zones d’ombres, tout ce stress, je suis allée au bout, j’ai accouché à 37 semaines environ, par césarienne, un bonheur sans limites, sans préparation, un panini vomi et juste l’envie de dire merci.

Une fois chez moi, un grand retombé de fatigue m’a envahie, mais je n’ai pas pu me reposer, deux petites têtes nouvelles me rappelaient que je n’étais plus seule.

En bon businessman, j’ai tout calculé, tout préparé, tout négocié, même les couches !

J’ai créé et décoré une véritable nurserie, négocié les tarifs de la pharmacie, des vêtements, de la nourriture, et il m’arrive de le faire encore maintenant.

Lorsque le matériel est encore viable, je le revends (ou l’ai revendu), et je ne me suis vraiment pas privé niveau qualité et marque de produit croyez moi; simplement, plus forte que les reines du shopping, j'ai utilisé le quart du budget prévisionnel avec une bonne dose de culot et aucun égo.

En bref, la gémellité a transformé ma vie, oui, mais pas moi. Ma vie n’est plus la même mais pourtant je la vis comme avant, je suis toujours moi, plus fière et forte qu’avant, mon mari est toujours marié avec moi, il m'a aidé et m'aide encore, même si tous les jours ne sont pas simples et l’organisation quotidienne.

Pour autant, tout n’est pas calculé ou à calculer à la seconde et au millimètre près et, voir double mais un à la fois est une expérience au-delà de l’enrichissement.

C’est pour cela que j’ai eu envie d’ouvrir ce pan d’activité sur mon blog.

Pour partager mon expérience, montrer mais pas démontrer que la difficulté est réelle même si l’on ne la voit pas forcément là où on le croit, et qu’il faut également savoir et pouvoir croire en soi, son instinct, sa capacité à voir plus loin, à tenir bon, à aimer, à vivre.

Je vis pour l’amour de mes enfants, pour l’amour de ma famille, mais je vis également pour moi, je n’ai pas abandonné mes rêves ni délaissé mes ambitions et encore moins mes passions.

Bien entendu j’ai été virée à mon retour de congés maternité :) pour "service rendue à l'humanité" mais comme le roseau, j’ai plié mais n’ai pas rompu, pour moi, pour eux, pour nous et pour vous, maman de tous horizons, femmes actives dans un bureau ou à la maison, aux vies multiples et simple à la fois, n’arrêtez pas d’y croire, n’arrêtez pas de vivre, croyez en la vie, croyez en vous!

xo Liza